Game Storming: des jeux pour créer

Avec « Game Storming », nous faisons référence au livre américain du même nom, qui s’est proposé de réunir des dizaines de « jeux » permettant à des groupes de toute taille et de tout profil de partager et de co-créer. Chacun de ces jeux vise à soutenir une des trois étapes essentielles d’une facilitation: l’ouverture, l’exploration-invention, et la clôture. Un peu en marge des célèbres Forums Ouverts et Worldcafés, le game storming est une invitation faite au facilitateur: « ne te fige pas dans une « technologie de rencontre », soit créatif et goûte à l’inattendu…  »

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Un cas d’école: des ateliers ludiques pour produire du sérieux!

Contexte:

Dans le cadre du projet d’écoquartier des Vergers (Genève), la Coopérative Equilibre souhaitait inviter ses membres à définir les bases du projet architectural de leurs futurs immeubles. Au sortir, les représentants de la coopérative devait disposer de la matière nécessaire pour établir le cahier des charges des architectes. Temps disponible: une journée. Place: une salle d’une quarantaine de mètres carrés et des espaces verts tout autour, si la météo le veut bien. Public: plus d’une cinquantaine d’invités, avec l’espoir d’en attirer une trentaine. Moyens: limités, soit des préparatifs qui ne dépassent pas 5 heures de travail/homme et une logistique minimaliste.

2013-06-08 10.25.39La proposition de facilitation

Le principe: une rencontre placée sous le règne de la participation, invitant chaque sociétaire de la coopérative à partager les thèmes et questionnements qui l’occupent. Le temps serait court pour réaliser un Forum Ouvert, et nous avons quelques points obligatoires par lesquels nous voulons passer: les exigences du projet de quartier, la mission de la coopérative qu’il faudra rappeler, et le cadre légal de ce genre de projet. La défi de cette facilitation : marier ces impératifs avec une journée ludique, créative et se terminant par du concret. Je décide d’utiliser un cocktail de « jeux » permettant de réunir toutes ces exigences. Tous les dessins et écrits des participants seront conservés pour le futur cahier des charges.

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Temps 1: commencer à se parler et à visualiser le spectre de nos attentes.

Je propose aux participants de qualifier l’architecture dont ils rêvent, via les adjectifs de leur choix. Un mur de mots est ainsi rapidement créé. Je leur demande alors de cerner les mots qu’ils préfèrent. Ils peuvent cerner au maximum trois fois, ou trois mots. Le tout nous donne en quelques minutes une sorte de « tag cloud » (inspiré du Web) montrant où se placent déjà les priorités de ce groupe. Nous sommes maintenant à température.

 

2013-06-08 10.44.00Temps 2: créer sans barrière et dans le plaisir.

Je divise le groupe en trois, chacun de ces petits groupes se retrouvant en charge d’une mission. L’un doit inventer une architecture de rêve, l’autre une architecture de cauchemars, et le troisième une architecture telle que la voudrait des jeunes de 6 à 16 ans.
Une heure plus tard, les groupes nous présentent leurs résultats. Ils se mettent en scène, blaguent et ne manquent pas de s’interpeller d’un groupe à l’autre. La sauce a pris, et tous jouent le jeu. Surtout, nous avons ici, en dépit de l’esprit ludique de ces exercices, de nombreux critères architecturaux qui créent le débat.

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Temps 3: se restaurer !

Parce que c’est nécessaire mais aussi parce que c’est un des meilleurs moyens trouvés par les humains pour « célébrer ». Et en matière d’intelligence collective, célébrer est aussi fondamental. Le plus simple (pour l’organisateur) et le plus convivial: buffet canadien!

2013-06-08 13.39.43Temps 4: poursuivons en nous rapprochant du cahier des charges.

Je propose au groupe de réaliser un immense mur de doléances destinées aux architectes. Chaque idée doit être tangible, résumée en quelques mots et explicite pour tout un chacun. On ne parle plus maintenant de valeur ou d’aspiration, on cherche des mises en pratiques concrètes. Exemple de question: « Douillet », ça se concrétiserait comment, pour vous?
Une fois un espace de près de 4 mètres de large rempli, j’invite les participants à réunir les idées par thèmes. Et à fusionner ce qui participe de la même idée. Nous réduisons ainsi de 20 à 30% l’espace occupé et nous retrouvons avec huit ensembles tels que « matériaux », « espaces communs », « extérieurs », etc. Le groupe commence à réaliser qu’il travaille très sérieusement, et il le dit.

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Temps 5: changer de posture pour ne rien laisser dans l’ombre.

Je divise à nouveau le groupe, mais cette fois en cinq. Un groupe représentera les « hommes de l’art » (architectes, ingénieurs), un autre le législateur, un autre « les jeunes », un autre les personnes âgés, tandis que le cinquième représentera les membres de la coopérative qui n’habiteront pas ce bâtiment mais sont partie prenante. Chacun de ces groupes doit se mettre « dans les bottes » du profil qui lui a été attribué, étudier notre mur des doléances et nous faire un rapport circonstancié.

Temps 6: se recueillir, prendre ses responsabilités, ré-évaluer

Ici, il est demandé à chacun de penser à tout ce qui s’est dit depuis l’ouverture de l’événement, pour participer à un ultime sondage qui montrera quelles sont maintenant les priorités du groupe. Les participants disposent de 12 gommettes qu’ils vont pouvoir coller sur les doléances de notre « grand mur ». Discussions, questions et réponses d’experts clôturent cette mesure.

Temps 7: se remercier et dresser le bilan

Nous pratiquons ici un simple tour de cercle pour laisser à chacun, s’il le désire, le soin de traduire sa journée, de partager une expérience, une émotion ou un besoin pour la suite.

 

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Et quand le facilitateur se fait oublier, c’est que tout va très bien…

 

 

 

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